Texte : Kamel Latreche et Nabil Bouras. Photos et élevage : Nabil Bouras.
Nabil Bouras élève le chardonneret parva, le chardonneret élégant d’Afrique du Nord, à El Eulma, dans la wilaya de Sétif, en Algérie. Kamel Latreche présente son élevage.
Un oiseau victime de son succès
Je te remercie, Nabil, pour ce bel article sur l’élevage du chardonneret d’Afrique du Nord, que tu as eu la gentillesse de partager avec les lecteurs d’EIE France.
Le chardonneret parva suscite beaucoup de passion et de ferveur. Il est aussi, malheureusement, victime de son succès, et l’état de sa population en Algérie et au Maghreb est très préoccupant. Beaucoup de chardonnerets meurent de stress pendant la capture : les braconniers les entassent dans des caisses où ils suffoquent et perdent leurs plumes. Les jeunes et les œufs sont pillés dans les nids, et ne pourront pas se reproduire à leur tour. Sur dix oiseaux capturés, un seul survit.
La place du chardonneret parva sauvage est dans la nature, et il risque de disparaître d’ici une vingtaine d’années. Plus sa population diminue, plus la diversité de son chant selon les régions disparaît.
C’est pourquoi les amateurs et les ornithophiles d’Afrique du Nord ont une grande responsabilité. Il ne suffit évidemment pas de participer aux concours pour sauver le chardonneret : il faut une vraie prise de conscience pour changer les mentalités sur le terrain, et la sauvegarde d’une espèce doit passer avant les pratiques culturelles.
Il existe une alternative : l’élevage, avec une réglementation stricte qui assure la traçabilité des oiseaux nés en captivité, afin de protéger les oiseaux sauvages. La traçabilité concerne les oiseaux d’élevage non domestiques, car ce qui n’est pas traçable est considéré comme sauvage. Ce qui est encourageant, c’est qu’il y a désormais des passionnés comme toi, et d’autres, qui font un vrai travail de sélection depuis plusieurs années.
Kamel Latreche, président fondateur de l’association Les Indigènes et Exotiques
Note de L’Oisillon (novembre 2026). En France, le chardonneret élégant, parva compris, est une espèce protégée (arrêté du 29 octobre 2009) : la capture et la détention d’oiseaux sauvages sont interdites. Les variétés blanche, brune, agate, pastel, isabelle et satiné figurent sur la liste des oiseaux domestiques (arrêté du 11 août 2006). Pour les autres, même nées en captivité, il faut une bague fermée, la déclaration sur i-FAP et un certificat de capacité dès le premier oiseau. Renseignez-vous auprès de la DDPP de votre département. Voir aussi notre guide Le chardonneret parva.
Présentation
Je m’appelle Nabil Bouras, j’ai 36 ans et j’habite à El Eulma, dans la wilaya de Sétif, en Algérie. Ma passion m’a été transmise par mon père et mon grand-père.
J’ai commencé l’élevage du chardonneret parva en phénotype sauvage vers 2005. En 2013, j’ai débuté avec des sujets mutants, qui m’ont permis de fixer ma souche de févés, gorges blanches, panachés… Je bague mes oiseaux et je suis adhérent du club de l’AOA.

Mes installations
Je ne peux que remercier mon père et mon grand-père de m’avoir appris et transmis cette passion. À l’époque, on gardait ce petit passereau d’abord pour son chant si mélodieux, son caractère et sa posture. Aujourd’hui, mon père serait fier de ma réussite dans l’élevage du « maknin ». Contribuer par l’élevage à protéger et conserver le chardonneret d’Afrique du Nord, qui fait partie de notre patrimoine en Algérie, est pour moi un grand honneur et une fierté.
J’élève dans des volières et des cages assez spacieuses pour offrir à mes oiseaux le maximum de bien-être. Les volières mesurent environ 2 mètres de haut, 1 mètre de large et 1 mètre de long.



Nourriture
Mon mélange de graines
Manitoba carduelidi et alpiste.
Pâtée
Je mélange la pâtée Ornicomplet avec des petits pois et des pinkies, surtout pour la nourriture des jeunes.
Protéines végétales
Graines germées.
Protéines animales
Pinkies blanchis (bouillis 5 minutes). Cet apport de protéines sert surtout au nourrissage des jeunes.
Plantes sauvages
Romarin, pissenlit, ortie, laiteron maraîcher, mouron blanc, épinards, etc.
Minéraux
Os de seiche, grit avec charbon.






La clé de la réussite : une alimentation variée et équilibrée, adaptée aux conditions de détention de chacun, un habitat spacieux, des oiseaux occupés avec des plantes sauvages de saison, et de la patience.
Je consacre beaucoup de temps à mes oiseaux. Je ramasse moi-même leurs plantes sauvages, en profitant des beaux paysages de ma région. Je suis pour une approche naturaliste de l’élevage : je prends le temps d’observer les oiseaux dans la nature pour mieux comprendre leurs mœurs et les adapter à un milieu contrôlé.

La reproduction
Les oiseaux démarrent vers le 10 avril. Je ne sépare pas mes couples. Je privilégie l’élevage par les chardonnerets eux-mêmes ; si je rencontre des problèmes, j’utilise des femelles canaris comme nourrices.
Le chardonneret parva me donne d’assez bons résultats, malgré quelques difficultés. Les mâles peuvent être agressifs, détruire les nids ou tuer les jeunes : la clé de la réussite, ce sont l’observation et la patience.
Le couple, ou la femelle seule, nourrit les jeunes avec la pâtée, les pinkies, les graminées sauvages et le mélange de graines. Je fais très attention au sevrage des jeunes, un moment toujours délicat.





Sélection et mutations
J’ai introduit la panachure dans mon élevage. C’est un travail de plusieurs années, qui me donne aujourd’hui satisfaction avec de très beaux sujets. Je sélectionne des oiseaux qui gardent les caractéristiques du chardonneret d’Afrique du Nord. Mon nouveau défi : la mutation aurora (phaéo).





